Entretien avec l’ex-défenseur du PSG Jimmy Algerino : “Je mettrais Mukiele face au Bayern”

L’ancien latéral droit du club parisien (176 matches, 9 buts et 11 passes décisives entre 1996 et 2001) et aujourd’hui consultant officiel d’Europe 1 sur le PSG, Jimmy Algerino, a accepté de revenir pour nous sur la victoire contre Nantes (4-2) et de se projeter sur le rendez-vous de demain face au Bayern.

Contre Nantes, Christophe Galtier a reconduit le schéma tactique en 5-3-2 qui avait si bien marché au Vélodrome et qui devrait durer dans le temps avec la fin de saison de Neymar. En êtes-vous satisfait ?

Le nouveau système me semble le plus intéressant par rapport à l’effectif actuel, car il a le mérite de mettre tous les joueurs dans les meilleures dispositions possibles. Que ce soit derrière, avec un Sergio Ramos plus à l’aise dans l’axe, ce qui redonne des couleurs à Marquinhos, et des pistons qui peuvent se projet plus haut sur le terrain. Au milieu, avec des profils capables de tenir le ballon comme Vitinha et de se projeter comme Ruiz. Et devant, avec un accord parfait entre le jeu court de Messi et la profondeur apportée par Kylian. Je trouve l’équilibre de l’équipe bien meilleur. En revanche, il faudra gommer les erreurs individuelles qu’on a pu voir sur les buts nantais. Tu ne peux pas te permettre de faire des cadeaux pareils. Le niveau de concentration général était inférieur à celui du dernier Classique. Galtier et son staff devront travailler sur cet aspect mental pour rectifier le tir.

L’absence de Neymar met davantage en lumière des joueurs comme Vitinha et Fabián Ruiz. Les trouvez-vous plus libérés ?

Plus libérés, je ne l’espère pas, car cela voudrait dire que l’on parle de joueurs qui pourraient, dans l’état d’esprit, être inhibés d’évoluer aux côtés des stars de l’équipe. Après, effectivement, on a l’impression qu’il y a eu chez eux une sorte de prise de conscience concernant le rôle qu’ils ont à jouer dans l’animation offensive. Avec la MNM, c’est vrai qu’il y avait une tendance naturelle à se chercher constamment entre Messi, Neymar et Mbappé. Et que cela pouvait reléguer les milieux au second plan. Mais s’ils avaient été dans le bon déplacement, dans le bon timing, je suis certains qu’ils auraient été plus servis. Car les grands joueurs sentent le jeu comme personne. La vérité c’est que Vitinha et Ruiz ont globalement rencontré de vraies difficultés à se mettre au même niveau que les trois autres. Et c’est souvent ce qui différencie un bon joueur d’un grand joueur.

Le match de Warren Zaïre-Emery devant la défense a beaucoup divisé. Trouvez-vous qu’il est suffisamment prêt pour le haut niveau ?

Pour moi, on commence à voir les limites actuelles de Warren avec l’équipe première. Et c’est bien normal pour un gamin de 17 ans. Surtout que ces derniers temps, il a été baladé un peu à tous les postes. Aujourd’hui, il est encore en phase d’apprentissage. Il a passé un premier palier important en intégrant définitivement le groupe pro et désormais il plafonne pour franchir le second. Globalement, c’est quelqu’un qui aime porter le ballon, mais qui gagnerait à simplifier son jeu. Il perd trop de ballons à mon goût. Quand il est sur un côté, ça passe encore, mais devant la défense, ça ne pardonne pas. A son jeune âge, c’est normal qu’il se retrouve un peu dans la difficulté pour reproduire tout ce qu’il a pu montrer avec les équipes de jeunes du club.

Le rythme d’un match avec les pros, c’est vraiment autre chose. Il va devoir digérer cette période de découverte des exigences du haut niveau pour mieux repartir de l’avant et poursuivre son ascension. Il y a toujours eu dans l’histoire du PSG des jeunes Titis qui émergent. A mon époque, j’ai connu des Nicolas Anelka, Didier Domi, Pierre Ducrocq ou encore Jérôme Leroy, qui sont passés par là. Je ne pense pas que Warren en fasse moins que ces joueurs-là au quotidien. Simplement, il ne faut pas brûler les étapes. Progresser demande du temps.

Laurent Fournier, Michel Kollar (l’historien du PSG) et Jimmy Algerino

Avec Presnel Kimpembe out, Danilo Pereira rend à nouveau de précieux services en défense. Que pensez-vous de son étiquette de “joueur de l’ombre” ?

La grande force d’un joueur comme Danilo, c’est qu’il se connait parfaitement. Il ne se prend pas pour un autre et n’évolue pas dans un registre qu’il ne maîtrise pas. Il est ce genre de joueur dont un entraîneur a grandement besoin. J’avais aussi ce profil-là, comme un Patrice Colleter avant moi, à savoir être capable de se mettre au service du collectif. Courir pour les autres, colmater les brèches, effectuer les compensations… Un mec comme Danilo te donne un certain équilibre. Il sait s’effacer au bénéfice des autres et s’adapter quand c’est nécessaire, mais aussi aller au charbon dans les moments importants. Car il ne manque pas de caractère. C’est un vrai leader de l’ombre sur lequel on peu toujours compter. Il ne déçoit jamais, mais comme il est dans un registre un peu obscur, moins clinquant, on n’en parle pas suffisamment. La polyvalence de Danilo est un cadeau pour Galtier.

Le passage de Sergio Ramos dans l’axe et de Marquinhos à sa gauche, dans la nouvelle défense à trois, semble bénéficier aux deux. Comment analysez-vous ce choix de Christophe Galtier ?

Au départ, je pense que Galtier était réticent au fait de sortir Marquinhos de son rôle de chef de défense, quand il évoluait au centre de la défense à trois. Alors qu’aujourd’hui, c’est devenu une telle évidence d’installer Ramos à ce poste, qui rassure dans sa couverture et sa gestion de la profondeur. Alors que Marquinhos, en étant décalé sur le côté, peut comme contre l’OM prendre des initiatives et apporter du surnombre au milieu de terrain. Cela ressemble à l’association parfaite. C’est un choix fort de Galtier qui prouve que son discours passe encore auprès de son groupe. A la fin de l’entraînement au Parc [le 24 février dernier], je l’ai vu parler longuement avec Marquinhos. Et dans la foulée, au Vélodrome, il met Ramos dans l’axe.

“L’énorme différence avec l’aller est que Kylian est rentré dans la tête des Bavarois et a semé un doute terrible chez eux. Müller peut nous dire ce qu’il veut, mais la peur a changé de camp”

Pour le reste de la saison, l’attaque reposera sur les épaules du duo Messi-Mbappé. Comment trouvez-vous leur association ?

Ce duo a la capacité de transpercer m’importe quel adversaire. Je les trouve parfaitement complémentaires. Messi excelle dans les petits espaces alors que Mbappé représente une menace pesante et constante par ses appels dans le dos de la défense. Leur palette technique est tellement large. Le seul bémol, c’est qu’il n’offre pas aux pistons la possibilité de proposer des centres aériens, sur les seconds ballons notamment.

Mbappé est devenu le seul meilleur buteur de l’histoire du PSG avec 201 buts. Qu’avez-vous pensé de cette soirée spéciale pour lui ?

C’est très bien pour Kylian d’atteindre ce gros objectif personnel. J’imagine que cela a dû le travailler avant et pendant le match avec tout ce qui avait été préparé par le club. Cela explique sans doute sa prestation plus en dedans. Je l’ai trouvé frustré de ne pas pouvoir pouvoir faire la différence et marquer ce but qui l’attendait tant. J’ai apprécié les festivités qui ont suivi. C’est important de mettre ses joueurs en avant, de leur témoigner de l’amour. Après je ne suis pas un mec de records. Cela reste des stats individuelles. Ce qui s’est passé ne doit pas effacer tout ce qu’ont pu apporter des Cavani, Ibrahimović, Rocheteau… Mbappé est devenu le numéro un, mais ces gars-là restent des grands joueurs qui comptent dans l’histoire du PSG.

Collectivement, vivre ce genre de moments renforce un groupe. Comme cela avait été déjà le cas avant Marseille, avec l’entraînement au Parc, et après, avec l’accueil des ultras à l’aéroport. De voir tout le monde présent sur la photo, même les blessés comme Kimpembe et Neymar, cela te donne des ondes positives pour aborder les échéances à venir.

Concernant le statut de Kylian, toute l’attention médiatique qu’il suscite, je me dis que c’est toujours dangereux d’avoir un joueur au-dessus du club. Mais l’avantage avec lui, c’est qu’il répond présent sur le terrain. Il aime bien être dans la lumière, mais il le mérite quelque part. Tout le monde s’y retrouve. Il lui reste maintenant à franchir une marche supplémentaire avec le PSG en Ligue des Champions.

Comment imaginez-vous le 8e de finale retour de Ligue des Champions de mercredi face aux Bayern ?

J’ai dû mal à me projet sur la physionomie du match, car je ne sais pas comment va jouer le Bayern. Je dirais que les plus emmerdés c’est eux. De savoir s’ils doivent attaquer comme d’habitude ou se montrer plus prudents avec la présence de Mbappé. L’aller s’est déroulé dans un contexte très compliqué pour le PSG qui a dû faire le dos rond. Aujourd’hui, la donne a changé. L’équipe est beaucoup mieux collectivement et doit capitaliser sur les 20 dernières minutes du premier match.

L’énorme différence est que Kylian est rentré dans la tête des Bavarois et a semé un doute terrible chez eux. Thomas Müller peut nous dire ce qu’il veut, mais la peur a changé de camp. Ce n’est pas dans la culture du Bayern de faire un plan anti-Mbappé, mais en fonction du déroulé de la rencontre, il pourrait très bien se mettre à jouer à reculons. Et dans ce cas, ce sera à Paris d’en profiter collectivement pour l’emporter et se qualifier. La clé du match devrait se situer au milieu de terrain, où Verratti devra prendre ses responsabilités pour rivaliser avec Kimmich et Goretzka. Car cela fait un moment qu’il n’a pas été performant sur un match entier. Et le PSG ne pourra pas se permettre le même genre de cadeaux défensifs que ces dernières semaines. Tous les détails compteront.

Jimmy Algerino intervient régulièrement sur Europe 1

Justement Gianluigi Donnarumma est passé au travers face à Nantes. Le sentez-vous capable de réagir ?

Je mets le centre-tir qu’il encaisse sur le compte de la déconcentration. Un gardien n’a pas le droit d’être surpris de la sorte au premier poteau. Heureusement, un joueur de sa trempe a la capacité d’oublier les mauvais matches pour basculer sur les suivants. Même s’il souffre de la comparaison avec Navas, je le vois bien rebondir et sortir un grosse performance face à Munich. Il aura la lourde tâche de maintenir le PSG en vie.

Sur le poste de piston droit, que vous devez suivre avec attention, Achraf Hakimi et Nordi Mukiele sont en balance pour débuter. Si les deux sont bien aptes, lequel aurait votre préférence ?

Si j’avais à choisir, je mettrais Mukiele au coup d’envoi sans hésitation. Et je ferais rentrer Hakimi plus tard dans le match. Cela donnerait au côté droit du PSG de la vitesse et de la consistance dans une zone du terrain où le Bayern est particulièrement vulnérable défensivement. Mukiele est dans de meilleures dispositions physiques mais aussi psychologiques qu’Hakimi qui doit faire avec ses soucis extra-sportifs. Il apporte aussi davantage de garanties défensives et a la dimension athlétique nécessaire pour répéter les allers-retours et jouer les contre-attaques. En additionnant ces deux joueurs-là, tu es sûr d’avoir de l’impact sur 90 minutes.

On sait que Marquinhos est touché aux côtes, une zone douloureuse. Avez-vous des craintes à son sujet ?

D’abord, c’est le joueur qui décidera s’il peut jouer, et combien de temps, en fonction de son ressenti. On connait son importance, c’est le capitaine. Je trouve dommage que des détails sur sa blessure soient sortis dans la presse [Dès dimanche L’Equipe a parlé d’une “déchirure intercostale”]. Ce qui est rassurant, c’est qu’il s’agirait d’un problème musculaire et non osseux. Il n’y aurait rien de cassé. Donc tout va se jouer au niveau de la douleur et je pense que cela pourra se gérer notamment avec l’aide du staff médical. L’avantage de jouer diminué, c’est que tu es automatiquement plus concentré sur ce que tu fais, plus attentif à ce qui se passe. Car tu as encore moins le droit à l’erreur. Donc je ne m’en fais pas trop pour Marquinhos que je trouve très intéressant en ce moment. S’il est là, il jouera.

Que vous inspire la fin de saison de Neymar et son opération à venir ?

La première chose qui me vient à l’esprit est que, cette saison encore, il n’est pas là pour des échéances importantes en Ligue des Champions. Je sais qu’il cristallise beaucoup de critiques et de rancœurs chez les supporters du PSG, mais Neymar reste un joueur fondamental, un talent rare qui crée le danger. Donc je ne dirais pas que son absence va enlever une épine du pied de Galtier. Cela va simplifier ses choix mais aussi affaiblir son équipe avec une arme offensive de moins pour surprendre l’adversaire.

Après, pour Neymar, cette opération de la cheville est peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Il a connu trop de blessures et de rechutes au même endroit et année après année, il a toujours été dans une sorte de course contre la montre pour revenir le plus vite possible. Il va enfin pouvoir prendre le temps de se retaper physiquement pour revenir plus fort.

Propos recueillis par Numéro 10

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